D'un côté, une première victime qui brise le silence, sort du cercle infernal des non-dits et de la culpabilisation, et en face, une autre victime qui perçoit la démarche de la première comme insupportable car elle la renvoie à sa propre intériorisation de la violence.

Plus le temps passe, plus je constate que les victimes de violences sexuelles jamais reconnues ou abandonnées à leur propre reconstruction deviennent un jour ou l’autre des agresseurs, le temps d'une phrase, d'une soirée, ou pour toujours. Que cette violence qu'elles ont subie et qui vit toujours en elles ressort forcément à un moment donné sous des formes inadéquates et destructrices.

Ces victimes de violences sexuelles qui n'ont jamais demandé de l'aide, qui se sont persuadées que "ça arrive", qui ont fait de leur agression un événement banal, voire constructif de leur chemin de vie, qui conseillent au premier proche de courir chez un psy après un vol, un accident de voiture, ou un licenciement mais pour qui, appliquée à elles-mêmes, la thérapie est synonyme de faiblesse.

Ces victimes qui se sont inventées un storytelling de guerrier.e. pour sur-vivre, qui se mettent à détester les autres victimes, qui se servent insidieusement de leur statut pas-vraiment-assumé de victime pour agresser autrui, comme si ce qu'elles avaient vécu par le passé légitimait et excusait qu'elles produisent de la violence dans le présent.

Ces victimes qui se vantent de "s’en être sorties toutes seules" alors que n’importe qui peut voir à 10 kilomètres qu'elles sont en grande souffrance. Vous savez quoi ? Personne ne se remet tout seul de telles violences, non pas parce que nous sommes faibles mais parce que nous sommes humains, ce qui est plutôt une bonne nouvelle. C'est tellement plus facile de traiter autrui comme autrui nous traite/a traités, mais ce n’est certainement pas comme ça qu'on va régler le problème des violences sexuelles et sexistes. Car comment lutter contre ce fléau si on est incapable de se reconnaître soi-même comme victime ou si on décrète, comme consolation éphémère et illusoire, que notre statut de victime nous octroie le droit de devenir bourreau ?

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  • 01 Octobre 2017