Quand j’avais 26 ans, j’ai travaillé pendant 6 mois pour un label de musique en plein essor. Mon boss direct (N+1 comme on dit dans le jargon managerial) embauchait exclusivement des filles. Les nouvelles recrues avaient toutes le même profil : jeunes, jolies (au sens hétéronormé du terme), sur-diplômées et en « errance » professionnelle. 

Il nous harcelait toutes. Aucune frontière entre vie privée et vie pro, réflexions déplacées, mains baladeuses, roulage de pelle lors d’un afterwork, sortage de bite sous le nez (littéralement) d’une nouvelle stagiaire, coinçage dans les chiottes, tout ça pour un SMIC et les remerciements de la maison.

Très vite, un rapport de force s’est instauré entre lui et moi, parce que je lui signifiais, en faisant des blagues maladroites, (je ne voulais pas me faire complètement détester et j'avais besoin d'un salaire), qu’il n’avait pas à se comporter ainsi. Est alors venu le temps des allusions sur ma sexualité. Si je refusais les « compliments » de mon supérieur, c’est parce que j’avais un problème avec les hommes. D’abord étiquetée « agressive », je suis vite devenue « gouine », un élément corroboré par mes tatouages et ma rousseur (réelle ou factice ?)

Son supérieur (qui ne travaille plus dans la boîte aujourd’hui) avait lui aussi toujours une petite boutade salace sexiste et un geste malvenu à l’attention de ses employées. Mais c’était vraiment trop cool, non ? On bossait dans la musique, on pouvait peut-être croiser des stars et aller à des soirées branchées, ça valait bien le coup.

Tout le monde savait, personne n’a jamais rien dit. J’en ai parlé à mes collègues : certaines tenaient un double discours (me donnaient raison puis retournaient leur veste en présence du harceleur), d’autres étaient flattées de s’entendre dire qu’elles avaient un joli cul, une grande majorité travaille toujours dans cette boîte aujourd’hui, une infime minorité a quitté le navire. Sept ans plus tard, mon ex-boss a gravi les échelons et a encore bel avenir devant lui.

Si je n’en étais pas partie, je serais en dépression au dernier degré, et j’aurais certainement cédé aux pressions, en devenant moi-même complice de cette violence sourde, ou me serais épuisée à résister tant bien que mal face à un système qui me dépassait.

#harcèlementsexuel #harcèlement #sexisme #metoo #balancetonporc

  • 15 Octobre 2017