"C’est quoi pour toi l’engagement ?"

Aujourd’hui, une ado de 14 ans m’a posé cette question.

J’ai commencé par lui répondre que c’était le fait de s’investir dans une cause à laquelle on croit, de prendre des risques pour la défendre, sans pour autant se mettre en péril, de se battre pour un projet ou un objectif qu’on s’est fixé. Et en parlant, j’ai réalisé à quel point je supportais de moins en moins le manque d’engagement dans tous les domaines de la vie. Pire, l’engagement de posture, celui que l’on publicise pour flatter l’ego et que l’on laisse à la porte de chez soi.

Ce discours ambiant de l’indigné-de-tout-mais-rien-à-foutre-de-rien, cette inclinaison à ne poser aucune hiérarchie de valeurs dans la vie, sauf quand ça nous arrange (pour justifier que notre viol était pire que celui du voisin, que la discrimination homophobe qu’on subit est plus hardcore que les violences sexistes que se mange la voisine, ou pour s’arranger avec nos contradictions d’altermondialistes bouffeurs de paras.)

En politique, où/qui sont les personnes qui tiennent leur ligne de bout en bout against all odds sans rester sourdes aux remarques et partages extérieurs, capables de poursuivre un combat, de conserver leur intégrité tout en évoluant et en se remettant en question ?

En amitié, où/qui sont les personnes qui ne considèrent pas parfois leurs ami.e.s pour acquis, qui travaillent à préserver le lien, sans s’encombrer de relations historiques, vestiges du passé incongrus dans le présent, maintenus par habitude, flemme ou bassesse ? Qui n’a jamais eu des ami.e.s faire-valoir, bouche-trous, complaisance, jalousie, mépris, réseau, défonce ou kleenex ? Qui n’a jamais reçu sans donner ? Qui s’attache vraiment à connaître, écouter et prendre soin des autres, à les regarder pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’on aimerait qu’ils soient ? Qui ne s’est pas un jour accommodé de cet.t.e ami.e raciste, homophobe, misogyne, agresseur/euse "qui a aussi plein de qualités à côté" ?

En couple, il y a celles et ceux pour qui l’engagement se résume à une exclusivité scellée par un bout de papier, à payer moins d’impôts, diviser un loyer par deux, enfanter (parce que sinon que faire ?) et passer sa vie aux côtés d’une personne sans plus vraiment savoir pourquoi, qui mentent, blessent, dissimulent, fuient, s’arrangent avec eux-mêmes, restent sans s’investir, démissionnent sans partir, par lâcheté, confort ou accoutumance. Ceux pour qui l’engagement est façade, qui prônent le respect à tout-va et ne se respectent pas eux-mêmes, qui ne se battront jamais pour cette conjointe qu’ils aiment, qui ne quitteront jamais ce conjoint qu’ils trompent, parce que "c’est ça la vie à deux".

D’autres qui se planquent derrière des concepts et invoquent le couple libre ou le polyamour comme engagement suprême, au nom de la liberté et de la coolitude, qui s’inscrivent dans des rapports de force et de domination, consomment les individus comme ils changent d’iPhone, qui n’affrontent rien, ne construisent rien, si ce n’est un semblant de relation qu’il faudrait leur envier, pour qui poser des limites et fixer des règles signifie avoir un balai dans le cul ou être intégriste et qui, quand on le leur signifie, nous renvoient à des arguments moraux ("toi qui montres tes seins dans les églises, t’es hyper réac en fait !"),

Il y a aussi ceux qui bradent tout, leur intimité, leurs émotions, leurs idées, leur sexualité, qui ont remisé leur courage au grenier et le sortent pour les coups de gueule quotidiens en 140 signes ou au jardin partagé du quartier le dimanche aprèm, qui élèvent des enfants sans transmettre, leur inculquent silencieusement leur non-engagement, qui font tout (ou plutôt rien) par peur du regard des autres, de déborder, de sortir du moule, d’être bruyant, de détonner, de ne pas être aimé, d’occuper l’espace tout en restant à sa place.

Pourtant, il existe des personnes "engagées". Plein. Et même si le mot est galvaudé, je voudrais les remercier, car à leur endroit, à leur manière, intime, profonde, absolue, fragile aussi, elles s’impliquent, se risquent, font, disent, parfois sans que grand-monde ne le remarque. Mais moi, (je suis loin d'être la seule), je vous vois, et vous avez toute mon admiration. ✊

  • 04 Décembre 2017