Billets | Octobre 2017

A celles et ceux qui continuent de me dire "comment tu fais pour défendre le rap et être féministe ? C’est la musique la plus sexiste qui existe", voici 30 citations d’artistes et écrivains reconnus, étudiés à l’école et vénérés, dont le sexisme ne semble déranger personne.

Tant qu’il s’agit d’hommes blancs (pour la plupart hétérosexuels), à la masculinité bien normée, on les érige en références populaires. On applaudit tous ces messieurs de la variété et de la littérature qui parlent de leur désir pour des femmes, souvent objectivées, méprisées, et dont on ignore le degré de consentement, car le tout est enrobé dans du prétendu romantisme. Résultat, on nous colle des stéréotypes désastreux dans le crâne et on nous apprend que ces artistes sont des gentlemen, tandis que les rappeurs sont des brutes bornées, des racailles misogynes, des sauvages capitalistes ou des délinquants illettrés.

La poutre, la paille, l’œil du voisin, toussa.

- "Si tu ne fermes pas ta gueule, tu vas mordre la poussière" (The Misfits – Attitude)

- "Tu sais combien j’ai besoin de te passer à tabac le samedi soir" (Pink Floyd - Don’t Leave Me Now)

- "J’ai senti le couteau dans ma main et elle a arrêté de rire" (Tom Jones - Delilah)

- "Je préfèrerais te voir morte plutôt qu’avec un autre homme" (The Beatles – Run for Your Life)

- "Sous mon joug, elle est le plus adorable animal de compagnie au monde. Ça dépend de moi, la manière dont elle répond quand on lui adresse la parole" (The Rolling Stones – Under My Thumb)

- "Que c’est bon de choisir une minette. Dans ces filles à vedette qui ne sont venues que pour ça. C’est bon de serrer dans ses bras une groupie, une groupie. (…) C’est un joli parasite qui s’accroche et que l’on quitte. Quand on en connaît un meilleur, ça ne reste pas dans le cœur" (Michel Delpech – Les groupies)

- "Le comble enfin, misérable salope, comme il n’restait plus rien dans le garde-manger, t’as couru sans vergogne, et pour une escalope, te jeter dans le lit du boucher." (Georges Brassens – Putain de toi)

- "Sous la soie de sa jupe fendue en zoom en gros plan, tout un tas d’individus filment noirs et blancs. Mélissa, métisse d’Ibiza, a des seins tous pointus" (Julien Clerc – Mélissa)

- "Si tu sais te servir de ta beauté, ma belle, et pour lui faire plaisir t’encombrer de dentelles (…) Si tu n’écoutes pas la voix des mal-aimées qui voudraient à tout prix te citer comme témoin au procès du tyran qui caresse ta main… " (Michel Sardou – Une femme, ma fille)
"J’ai envie de violer des femmes, de les forcer à m’admirer, envie de boire toutes leurs larmes et de disparaître en fumée" (Michel Sardou – Les villes de grandes solitudes)

- "Les femmes sont tellement menteuses, qu'on ne peut même pas croire le contraire de ce qu'elles disent." (Georges Courteline)

- "Il n'y a que dans les courts instants où la femme ne pense plus du tout à ce qu'elle dit qu'on peut être sûr qu'elle dit vraiment ce qu'elle pense." (Georges Feydeau)

- "Les femmes préfèrent les hommes qui les prennent sans les comprendre, aux hommes qui les comprennent sans les prendre." (Marcel Prevost)

- "Une bonne affaire : acheter toutes les femmes au prix qu'elles valent et les revendre au prix qu'elles s'estiment." (Jules Renard)

- "Les femmes ressemblent aux girouettes, elles se fixent quand elles se rouillent." (Voltaire)

- "C'est nous qui faisons des femmes ce qu'elles valent et voilà pourquoi elles ne valent rien." (Mirabeau)

- "Aimer les femmes intelligentes est un plaisir de pédéraste." (Baudelaire)

- "C'est souvent la femme qui nous inspire les grandes choses qu'elle nous empêche d'accomplir." (Alexandre Dumas Fils)

- "Les femmes n'interviennent jamais dans mes romans tout simplement parce qu'elles parleraient tout le temps et que les autres ne pourraient plus rien dire." (Jules Verne)

- "Les jambes permettent aux hommes de marcher et aux femmes de faire leur chemin." (Alphonse Allais)

- "Les femmes forment un sexe purement décoratif. Elles n'ont jamais rien à dire, mais elles le disent d'une façon charmante. " (Oscar Wilde)

- "Une femme fidèle rend un seul homme malheureux." (Camus)

- "Les femmes sont les instruments interchangeables d'un plaisir toujours identique." (Marcel Proust)

- "Dieu créa l'homme et, ne le trouvant pas assez seul, il lui donna une compagne pour mieux lui faire sentir sa solitude." (Paul Valéry)

- "Pourquoi perdre son temps à vouloir contredire son épouse ? Il est beaucoup plus simple d'attendre qu'elle ait changé d'avis." (Jean Anouilh)

- "Ah les femmes, ces animaux sans queue ni tête !" (Sacha Guitry)

- "Les femmes sont étonnantes : ou elles ne pensent à rien, ou elles pensent à autre chose." (Alexandre Dumas)

- "La femme qui veut réellement refuser se contente de dire non ; celle qui s'explique peut être convaincue"(Alfred de Musset)

- "L’amitié de deux femmes n’est jamais qu’un complot contre une troisième." (Alphonse Karr)

- "Une femme sans poitrine, c’est un lit sans oreiller." (Anatole France)

- "Les femmes se prennent comme des lapins... par les oreilles." (Victor Hugo)

#sexisme #rap #hiphop #féminisme

  • 24 Octobre 2017

Quand j’avais 26 ans, j’ai travaillé pendant 6 mois pour un label de musique en plein essor. Mon boss direct (N+1 comme on dit dans le jargon managerial) embauchait exclusivement des filles. Les nouvelles recrues avaient toutes le même profil : jeunes, jolies (au sens hétéronormé du terme), sur-diplômées et en « errance » professionnelle. 

Il nous harcelait toutes. Aucune frontière entre vie privée et vie pro, réflexions déplacées, mains baladeuses, roulage de pelle lors d’un afterwork, sortage de bite sous le nez (littéralement) d’une nouvelle stagiaire, coinçage dans les chiottes, tout ça pour un SMIC et les remerciements de la maison.

Très vite, un rapport de force s’est instauré entre lui et moi, parce que je lui signifiais, en faisant des blagues maladroites, (je ne voulais pas me faire complètement détester et j'avais besoin d'un salaire), qu’il n’avait pas à se comporter ainsi. Est alors venu le temps des allusions sur ma sexualité. Si je refusais les « compliments » de mon supérieur, c’est parce que j’avais un problème avec les hommes. D’abord étiquetée « agressive », je suis vite devenue « gouine », un élément corroboré par mes tatouages et ma rousseur (réelle ou factice ?)

Son supérieur (qui ne travaille plus dans la boîte aujourd’hui) avait lui aussi toujours une petite boutade salace sexiste et un geste malvenu à l’attention de ses employées. Mais c’était vraiment trop cool, non ? On bossait dans la musique, on pouvait peut-être croiser des stars et aller à des soirées branchées, ça valait bien le coup.

Tout le monde savait, personne n’a jamais rien dit. J’en ai parlé à mes collègues : certaines tenaient un double discours (me donnaient raison puis retournaient leur veste en présence du harceleur), d’autres étaient flattées de s’entendre dire qu’elles avaient un joli cul, une grande majorité travaille toujours dans cette boîte aujourd’hui, une infime minorité a quitté le navire. Sept ans plus tard, mon ex-boss a gravi les échelons et a encore bel avenir devant lui.

Si je n’en étais pas partie, je serais en dépression au dernier degré, et j’aurais certainement cédé aux pressions, en devenant moi-même complice de cette violence sourde, ou me serais épuisée à résister tant bien que mal face à un système qui me dépassait.

#harcèlementsexuel #harcèlement #sexisme #metoo #balancetonporc

  • 15 Octobre 2017

D'un côté, une première victime qui brise le silence, sort du cercle infernal des non-dits et de la culpabilisation, et en face, une autre victime qui perçoit la démarche de la première comme insupportable car elle la renvoie à sa propre intériorisation de la violence.

Plus le temps passe, plus je constate que les victimes de violences sexuelles jamais reconnues ou abandonnées à leur propre reconstruction deviennent un jour ou l’autre des agresseurs, le temps d'une phrase, d'une soirée, ou pour toujours. Que cette violence qu'elles ont subie et qui vit toujours en elles ressort forcément à un moment donné sous des formes inadéquates et destructrices.

Ces victimes de violences sexuelles qui n'ont jamais demandé de l'aide, qui se sont persuadées que "ça arrive", qui ont fait de leur agression un événement banal, voire constructif de leur chemin de vie, qui conseillent au premier proche de courir chez un psy après un vol, un accident de voiture, ou un licenciement mais pour qui, appliquée à elles-mêmes, la thérapie est synonyme de faiblesse.

Ces victimes qui se sont inventées un storytelling de guerrier.e. pour sur-vivre, qui se mettent à détester les autres victimes, qui se servent insidieusement de leur statut pas-vraiment-assumé de victime pour agresser autrui, comme si ce qu'elles avaient vécu par le passé légitimait et excusait qu'elles produisent de la violence dans le présent.

Ces victimes qui se vantent de "s’en être sorties toutes seules" alors que n’importe qui peut voir à 10 kilomètres qu'elles sont en grande souffrance. Vous savez quoi ? Personne ne se remet tout seul de telles violences, non pas parce que nous sommes faibles mais parce que nous sommes humains, ce qui est plutôt une bonne nouvelle. C'est tellement plus facile de traiter autrui comme autrui nous traite/a traités, mais ce n’est certainement pas comme ça qu'on va régler le problème des violences sexuelles et sexistes. Car comment lutter contre ce fléau si on est incapable de se reconnaître soi-même comme victime ou si on décrète, comme consolation éphémère et illusoire, que notre statut de victime nous octroie le droit de devenir bourreau ?

#angot #rousseau #christineangot #sandrinerousseau #ONPC #ruquier #inceste #agressionssexuelles #victimes

  • 01 Octobre 2017