Billets

"Je suis féministe depuis toujours." Combien de fois j’entends cette phrase dans la bouche de féministes à qui l’on demande "depuis quand es-tu féministe ?" Si on pense le féminisme comme une déconstruction, comment peut-on dire que l’on l’a toujours été ? Et des nouveau-nés antiracistes et antispécistes, on y croit ?

Pourtant, je suis la première à avoir répété pendant des années que j’avais "toujours été féministe". Par flemme de fouiller dans ma mémoire, facilité, volonté absurde de proposer un story-telling solide. Avec le recul, je pense que je me sentais agressée par la question. Je me rendais bien compte qu’elle me mettait le nez dans mes contradictions et mes comportements passés peu glorieux, que je n’avais pas du tout envie de confronter. Le déni, c’est douillet.

Breaking news n°1, comme a (presque) dit notre copine Simone, on ne naît pas féministe, et au fil d’une vie, on n’est pas tout le temps un bon petit soldat de la cause. Alors, il y a quelques années, j’ai arrêté de me mentir à moi-même et aux autres. Parce qu’intimement, je savais bien qu’il y avait eu un jour, un moment, des expériences, des événements qui m’avaient conduite à affirmer "je suis féministe". Et je peux vous dire que je n’avais plus de dents de lait depuis belle lurette.

A 19 ans, je traitais Shakira de pute. Je pensais qu’il ne fallait pas coucher pour se faire respecter et qu’il était normal de slut-shamer des filles en raison de leur sexualité (moi incluse), je m’auto-définissais comme un "garçon manqué pétasse" et je faisais des blagues sur les blondes pour trouver une connivence avec les mecs. Et tout ça ne me posait aucun problème.

Breaking news n°2, être féministe n’exempte pas d’attitudes ou de pensées sexistes. Logique, si on considère qu’on a toutes et tous été biberonné.e.s au patriarcat et qu’on a intégré un lot de préconçus depuis le berceau.

Alors, je trouve regrettable d’entendre des féministes de longue date continuer à se présenter comme l’ayant toujours été, véhiculant ainsi cette idée que la vraie, la bonne, la parfaite féministe a toujours été irréprochable sur le sujet. C’est le meilleur moyen de culpabiliser d’autres femmes qui se disent "ah ben merde, moi je n’étais pas féministe à 3 ans, du coup je ne le serai jamais, ce n’est pas pour moi." Et surtout, il me semble plus constructif et inspirant de tenter de comprendre ses erreurs et de regarder l’ampleur du chemin parcouru. Il n’y a pas de honte à avoir eu des réflexions sexistes dans tel ou tel contexte, quand on sait expliquer pourquoi on l’a été et pourquoi on réfléchit différemment aujourd’hui. On peut même en tirer une certaine fierté.

  • 22 Juin 2017

Soutien total au Collectif Afroféministe MWASI et à la non-mixité choisie.
Etre blanc, c'est aussi savoir reconnaître ses privilèges et être une femme ne les annule en rien.
D'ailleurs, je vais me taire.

  • 29 Mai 2017

Anecdote. En tant que freelance-précaire-nomade, je bosse dans un bar avec mon ordi. J'ai chaud donc j'enlève mon pull. Je me retrouve en t-shirt. Tatouages apparents. Et là, en une micro seconde, me voilà propulsée dans une faille spatio-temporelle entre l'Antiquité et le Moyen-Âge.

Un groupe de 5 quarantenaires (2 femmes, 3 hommes) avec tête de fillonistes (pardon pour le délit de faciès) m'interpelle en mode : "Ah mais quel dommage Mademoiselle." Je passe sur mon "non Madame parce que Mademoiselle ça n'existe plus gnagnagna" avant qu'ils me déroulent la totale : je verrai bien comme je serai moche quand je serai vieille, faut pas que je me plaigne si je trouve pas de travail, je suis vulgaire, pas féminine, ("gouine ?"), et qu'est-ce-qu'ils-vont-penser-de-leur-môman-mes-enfants-que-j'aurai-bien-sûr-un-jour, et que le tatouage c'est pour les gens "pas intégrés".

Sur ce, l'un des hommes du groupe me dit qu'il a bossé pour la presse tattoo il y a des années et que les meufs en photo dans ces magazines sont toutes des putes. Je lui rétorque que "c'est un ramassis de clichés, et que peut-être ces femmes tatouées ont été stigmatisées puis instrumentalisées à des fins marketing et qu'on les objective dans le tattoo comme partout, dans la pub, les médias, la vie". Mais lui "non, c'est un tremplin pour prostituées". Et que je lui dis que c'est un peu misogyne et putophobe quand même, et qu'il ne connaît pas le mot "putophobe", et que je lui lis la définition sur Google mais qu'il s'en bat les couilles, et que je lui demande s'il peut me prêter son smartphone, et qu'avant de boire un verre cul-sec et de me barrer, je me met permets de lui faire lire cet article que j'avais écrit pour Brain Magazine​ en 2015. Et qu'il rit.

#SexismeOrdinaire #TattooedBitches #tatouage #tattoo #féminisme

  • 09 Mai 2017

Toi, là, tu m’as fatiguée.

Oui toi, qui depuis dimanche me pètes les ovaires sur tous les rézosocios avec ton prosélytisme culpabilisant,

Toi le grand géopoliticien, le moralisateur, l’influent, l’intellectuel,

Toi l’éclairé qui viens nous sortir de notre égarement et nous montrer la voie de la raison, des urnes, de la démocratie, de la sagesse et de la République,

Toi le vaillant soldat anti FN,

Toi qui votes par peur ou par loyauté à ton groupe social et ta famille,

Toi qui es Charlie mais qui craches à la gueule des journalistes,

Toi qui conchies les médias qui nous manipulent mais es bien content d’aller t’en foutre plein le nez à la prochaine soirée Bolloré où-tu-es-invité-parce-que-tu-es-vraiment-trop-cool,

Toi l’écolo qui manges des poke bowls et shootes les pigeons,

Toi l’avant-gardiste qui accouches dans l’eau, fais des retraites de méditation à la campâaagne et de l’acupuncture pour évacuer tout ce stress,

Toi qui n'aimes pas le rap mais écoutes Kendrick Lamar parce que le mec défend des vraies valeurs quoi,

Toi l’humaniste qui fais mine de ne pas entendre le SDF qui te demande une pièce,

Toi qui détournes le regard et mets ton iPod sur tes oreilles quand tu assistes à une agression dans le métro,

Toi le rebelle qui ne t’es jamais battu pour tes droits,

Toi le privilégié qui dis "quand on veut on peut",

Toi qui es allé à Nuit Debout pour sentir l'ambiance,

Toi qui aimes les réfugiés sauf quand ils installent un campement en bas de chez toi,

Toi le drogué mondain qui ne veux pas de centre de prévention dans ton quartier,

Toi l’altermondialiste qui dis" je suis engagé.e" parce que tu signes 25 pétitions en ligne par jour, Toi qui détestes les bobos et les hipsters,

Toi l’antiraciste et le laïque qui trouves qu’il faut reconnaître que les musulmans s’intègrent moins bien que les autres,

Toi le galérien qui n’as aucune idée de ce que c’est de vivre avec le RSA,

Toi qui es inscrit à Pôle Emploi le temps de monter ta boîte,

Toi qui as fait des études dans une grande ville et de bonnes écoles,

Toi qui pars en vacances en Thaïlande et trouves que la prostitution est vraiment un fléau même si c’est marrant les ladyboys,

Toi le pro Mariage pour Tous qui penses que l’adoption c’est pas pareil,

Toi le féministe qui estimes que les quotas c’est de la discrimination et que Nicki Minaj dégrade l’image des femmes,

Oui toi là, qui nous enjoins de voter au second tour,

Toi qui as fait un selfie dans l’urne au premier tour et a posté la photo sur le net (et toi qui en es fier),

Toi qui traites les uns de traîtres, les autres de crevures, les abstentionnistes de sous-merdes,

Toi qui viens nous expliquer la vie, la politique, le militantisme,

Toi qui fais campagne pour toi-même depuis deux mois sur Facebook,

Toi le pourfendeur de la liberté d’expression sauf quand on ne partage pas ton avis,

Toi qui fais péter le point Godwin après 30 secondes de discussion,

Toi l’intolérant déguisé qui as tombé le masque depuis dimanche dernier, tu te prends pour qui en fait ? Parce que, breaking news, chacun fait ce qu’il veut. C’est ça notre démocratie que tu aimes tant et que tu défends corps et âme. Et quoique l’on ait voté, quoique l’on fasse le 7 mai, rien ne t’autorise à nous mépriser publiquement, à nous pourrir et à nous balancer tes propres projections anxiogènes à la gueule.

  • 26 Avril 2017

Aujourd'hui, ça fait un an que Prince est mort.

Grâce à lui, à l’âge de 7 ans j'ai découvert la Musique, la soul, la funk, le rock, le hip hop, et plein d’artistes qui m’accompagnent depuis : Bill Withers, Nina Simone, George Clinton, Betty Davis, Gil Scott-Heron, Me'Shell Ndegeocello, Led Zep, les Stones, Jimi Hendrix, Björk, Faith No More, Jeff Buckley, PJ Harvey, mais aussi Public Enemy, NWA, Wu Tang, A Tribe Called Quest, Queen Latifah, Salt N Pepa, Bahamadia puis LaurynHill, Missy Elliott et Lil' Kim.

Grâce à Prince, j’ai découvert un touche-à-tout qui transcende les étiquettes, mais aussi la-non binarité, l'androgynie, le trouble dans le genre, le féminisme. Il a toujours mis les femmes en avant, sans les objectiver ou au contraire les désexualiser, en les traitant juste comme des égales, des êtres humains, des artistes à part entière et non des potiches.

Grâce à ses paroles torturées au possible sur des mélodies sautillantes et légères (ou l'inverse), j’ai découvert son génie et sa médiocrité, la complexité de nos contradictions.

Grâce à Prince, j’ai fait du piano et du saxophone, de la danse, j’ai appris l’anglais, j’ai voyagé aux Etats-Unis, j’ai un jour emprunté "La Bâtarde" de Violette Leduc à la bibliothèque municipale de Tours parce que le violet était la couleur de Prince et qu'il avait fait un morceau intitulé "Poor Little Bastard". Et je ne l'ai pas regretté !

Voici l'un de ses plus beaux morceaux à mes yeux, une pépite psyché pop, à la fois freaky, sombre, kinky, cucul, lyrique et puissante. 

  • 21 Avril 2017

"Les éléments constitutifs de la qualification de viol (sont) insuffisamment établis. L'IGPN a privilégié (...) la thèse de l'accident (...) faisant valoir que le jeune homme de 22 ans a fait preuve de résistance face aux agents qui tentaient de le menotter."

Donc en gros :

- Si je me débats lors d'une arrestation injustifiée, que je ne m'étonne pas après que les flics me violent, je-l'ai-bien-cherché.

- Insérer une matraque de force dans l'anus d'autrui est un "accident", bien que l'article 222-23 du Code pénal stipule que "tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol" et que "le viol est puni de quinze ans de réclusion criminelle."

- La police et la justice françaises valident encore une fois le racisme, le classisme et la culture du viol.

- Ici, on n'est pas les Etats-Unis, on est au pays des droits de l'homme blanc hétérosexuel où les policiers ne tuent pas "accidentellement" de gentil.l.e.s Noir.e.s innocent.es.

- On se fout de notre gueule à un niveau rarement égalé.

- J-73 avant les élections.

- Je vous invite à réécouter NWA, Public Enemy, Rage Against The Machine, Bikini Kill et Queen Latifah et à descendre dans la rue car qui ne dit mot consent.

 

 

  • 09 Février 2017